Accueil

Messe de la fête de Sainte Thérèse
(1er octobre 2021)

Homélie prononcée par Mgr Pierre Warin ce 1er octobre à la chapelle.

La petite sainte Thérèse, qui dans son carmel fut maîtresse des novices sans en avoir le titre, avait de ces images parlantes qui vous disent les choses de Dieu en des mots tout simples.

Pour souligner combien, dans l’éducation des enfants et l’accompagnement des âmes, il faut être attentif à chacun, au projet particulier de Dieu sur chacun, elle disait : « Qu’arriverait-il si un horticulteur maladroit ne greffait pas bien ses arbres, s’il ne savait pas reconnaître la nature de chacun et voulait faire éclore, par exemple, des roses sur un pêcher ? » (cf. Ms A 53 r°).

Pour montrer combien les honneurs sont dangereux, elle racontait ceci.  Le bon Dieu a de jolis paniers auxquels il attache des rubans roses et des rubans bleus. Il faut presqu’un miracle de la grâce pour que ceux qu’il met en devanture conservent leur fraîcheur (cf. CS, pp.151-152).

Il est une autre image de la sainte sur laquelle je voudrais m’arrêter davantage.  Cette image est celle de l’ascenseur qui remplace le rude escalier de la perfection. Je voudrais m’y arrêter davantage, parce que cette image de Thérèse conduit non seulement au cœur de ce qu’elle appelait « sa petite doctrine », mais encore au cœur de l’Evangile. Ce qu’ont dit, ce qu’ont fait les saints conduit toujours à l’Evangile, parce que les saints n’ont fait que chanter l’Evangile. Saint François de Sales disait : l’Evangile est « une musique notée » (la partition), et la vie des saints « une musique chantée ».

J’ai repéré les passages où, dans les écrits de Thérèse, interviennent l’ascenseur et le rude escalier de la perfection* puis, prenant appui sur eux, j’ai bâti le petit développement que voici.

Le ciel, c’est bien haut. Le chemin qui y conduit est un rude escalier. Au bas du rude escalier vers le ciel, une première attitude est de se figurer qu’on arrivera à le gravir avec ses propres forces.

Le Seigneur a mis en nous des qualités. Mais il arrive qu’on oublie qu’elles viennent de lui. Parfois grisé, enflé par nos talents et nos succès, on se sent fort et on en vient à penser : « Je ne fais pas si mal. Si seulement tous faisaient comme moi… J’aurai bien mérité mon ciel. »

On vit alors dans l’illusion car on s’attribue ce qui revient à Dieu. Comme la petite fille, sur l’estrade, avec son papa à qui est décernée une décoration, qui regarde fièrement comme si elle-même venait de recevoir la médaille. Ou encore – pour reprendre une image de Jean de la Fontaine citée par Thérèse – comme l’âne portant des reliques qui croyait que les hommages rendus aux saints s’adressaient à lui (cf. Ms C 19 v°).

On croit alors faire son salut et sauver le monde. Mais on oublie que c’est Dieu qui sauve. Facilement alors on se croit un juste. Mais quand on se croit juste, cela ferme au salut de Dieu : « Je suis venu – a dit Jésus – appeler non pas les justes mais les pécheurs » (Mc 2,17 par). Il y a plus grave que le plus grave des péchés, c’est de ne plus se sentir pécheur.

Pour nous arracher à cette attitude catastrophique, le Seigneur permet que les héros soient fatigués et même qu’ils trébuchent lourdement.

Comme alors on tombe de haut, on se fait bien mal. On en vient à penser : « Quel incapable je suis ! » Et même on se fâche contre soi. Survient le découragement. La deuxième attitude au pied de l’escalier vers le ciel est la dépression spirituelle : « Je n’y arriverai jamais. »

Cette fois on est amené à plus de vérité sur soi-même. Mais ici encore on table sur ses propres forces. « Je n’y arriverai jamais » : le moi est toujours envahissant. C’est encore de l’orgueil. Le découragement, pourrait-on dire, c’est de l’orgueil non dans la griserie mais dans la dépression.

La troisième attitude au pied du haut escalier vers le ciel est celle du petit enfant, qui se sent petit devant le grand escalier, mais qui ne se désole pas de sa petitesse, qui ne se décourage pas, qui inlassablement lève son petit pied pour essayer de gravir la première marche, parce que certain que son Père, qui est au-dessus de l’escalier et qu’il regarde tout confiant, va venir le prendre dans ses bras pour l’élever jusqu’en haut à la manière d’un ascenseur.

Thérèse disait : « L’ascenseur qui doit m’élever vers le ciel, ce sont vos bras, ô Jésus ! Pour cela je n’ai pas besoin de grandir, au contraire il faut que je reste petite, que je le devienne de plus en plus » (Ms C 3r°). Car les tout petits enfants, on ne les laisse pas marcher seuls : on les porte dans ses bras (cf. CS, p.39).

L’important et le difficile – ajoutait-elle encore – est de rester petit et de le rester joyeusement. Pas seulement consentir à ses limites et faire la paix avec nos imperfections, mais se réjouir d’être sans forces et sans provisions (cf. CS, p. 18). Parce que « plus on est faible (…), plus on est propre aux opérations de l’Amour consumant et transformant (de Dieu) » (LT 197). Ou encore, pour le dire avec saint Paul, parce que « la puissance de Dieu donne toute sa mesure dans la faiblesse » (2Co 12,9).

+ Pierre Warin
1er octobre 2021.

*  Principalement Ms C 3r° ; LT 229 et 258 ; CS, p.39 ; CSM, dans Vie thérésienne 73 (janv. 1979), p.64.

________________________________________

Pèlerinage à Lisieux du 26 au 29 avril 2022

Le prochain pèlerinage à Lisieux aura lieu du mardi 26 au vendredi 29 avril 2022.

Ce pèlerinage sera animé par l’abbé Pascal-Marie Jérumanis, doyen de Ciney.